vendredi 13 février 2009
étudiants et réalités
lundi 8 décembre 2008
l'écoute du regard?

A mon intervention du mois dernier "Développer sa créativité dans son quotidien professionnel" à l'ISM auprès de salariés du groupe PRISMA PRESSE, une première m'attendait. Anne, l'une des stagiaires, était accompagnée de deux traductrices. Elles étaient deux parce que le langage des signes, c'est plus sportifs que les langues étrangères! Merci donc à Cynthia et Delphine de l'association ARIS d'avoir assuré ces deux journées, pleines de mes gros mots pédagogiques et d'expressions fleuries.
En effet, Anne est sourde mais pas muette puisqu'elle parvient fort bien a se faire comprendre (même sans les traductrices, cependant nécessaires pour les termes techniques et la rapidité de compréhension) pour peu que l'on soit attentif. Et c'est ça qui a été formidable : la simple présence du temps de décalage nécessaire à la traduction, nous a tous amené à davantage travailler notre qualité d'écoute. J'ai pu observer que même dans les sous groupes où Anne n'était pas, l'attention à la parole de l'autre, à ne pas tous parler en même temps et à laisser chacun s'exprimer, s'est "naturellement" accrue.
En ce qui me concerne, les premières minutes on été troublantes : avoir une personne qui bouge à coté de vous pendant que vous vous exprimez et que tous le monde regarde alors que c'est vous qui parlez, ça fait bizarre. Puis finalement, je m'y suis faite rapidement tout comme les autres apprenants qui finirent par me regarder pour suivre la formation. Je me suis aussi rendu compte de l'importance de ce regard dans ma façon d'animer. J'avais besoin d'attendre celui d'Anne pour vérifier qu'elle suivait au delà des simples commentaires. Je n'avais pas réalisé à quel point j'ai besoin de ce feed-back dans le tempo de ma progression pédagogique.
Ah, que la différence est enrichissante pour apprendre sur l'autre et sur soi-même! C'est une évidence un peu gnangnan que j'énonce là, mais de la vivre c'est encore bien autre chose.
mercredi 3 décembre 2008
métiers de bouche et créativité
La dernière journée du module "Valoriser les produits des métiers de bouche par la créativité" animée à la CMA (Cf. contexte décrit dans le post "de l'expérience du collage au concept signifiant/signifié") est consacrée à l'élaboration d'un projet le matin et à sa présentation devant un "jury" l'après-midi. Bruno Veslin, le responsable pédagogique, ainsi que les formateurs "techniques" Maurice, en boulangerie, et Julia, en pâtisserie, ont bien voulu jouer le jeu, qu'ils en soient ici remerciés.
Chaque apprenant élabore une démarche particulière dans sa globalité grâce aux notions abordées les jours précédents. Les productions entrent dans le cadre de deux sujets aux choix : le partenariat de la boutique "virtuelle"(qu'ils auront un jour ou dans laquelle ils travailleront un jour...) avec la ville autour d'un évènement artistique ou les premières étapes de leur projet (réel celui-ci) de création d'entreprise à venir.
Voici les traces des productions de cette année :
Damien, boulanger, propose pour le buffet du vernissage de l'exposition du musée de la faïencerie de sa ville, des pains décorés reprenant l'iconographie traditionnelle des pièces exposées ainsi que des pains "à saucer" prenant la forme des personnages typiques réalisés grâce à un emporte-pièce dont on voit ici la maquette.
Olivia, en pâtisserie, a pensé la décoration d'un entremet citron/passion à l'image d'un tableau de Kandinsky et dont la boite reprendrait le motif.
Naoual, en boucherie, a organisé sa vitrine en fonction de la mise en valeur des couleurs des différentes viandes.

Magali, en boulangerie, a réfléchi a un ensemble de décors thématiques réalisé en pâte à pain coloré destiné à la vitrine.

Kevin, en boulangerie, propose une boutique concept autour du thème de la piraterie, reprenant la remarque du groupe, la journée précédente, sur sa recherche de logo plus proche de la taverne que de la boulangerie. Une réactivité en forme de délire bienvenue et offrant au jury des pistes de réflexions à exploiter, tout à fait sérieuses, elles.
Jérôme, en boulangerie, s'est éclaté sur un décor de pain tout droit inspiré du peintre Alain Thomas.
Ingrid, en pâtisserie, a travailler sur un gâteau "Calder" tant dans sa recherche formelle que sur le code couleur en adéquation avec le choix des produits utilisés (chocolat, fil de sucre...).
Hadrien, en boucherie, a dessiner un mobile, entrant ainsi dans une réflexion issue de la première journée de ce module où les bouchers ont été amené à regarder différemment leur métier à travers les yeux d'artistes comme Natacha Lesueur par exemple.
Emmanuel, faisant un mixage des deux sujets, propose un emballage pour une pâtisserie de nuit "A la bonne étoile" avec une fenêtre ouverte sur le produit tout en travaillant une esthétique en lien avec les oeuvres de Buren.
Philippe, en boulangerie, exploite la simplicité des formes des Futuristes russes pour mettre en valeur les caractéristiques du pain.
Vincent, en boulangerie, mène toute une réflexion sur l'évènement "l'art entre dans la ville" en proposant notamment un packaging qui détourne des classiques picturaux en y glissant des viennoiseries de manière judicieuse. Ici, un Picasso où s'est glissé un croissant comme si il avait toujours été là. Sa démarche très complète allait jusqu'à décrire un jeu concours de dessin pour les enfants avec exposition dans la boulangerie et récompense à la clef.
Ici, la réflexion de Guillaume sur un code couleur encore peu utilisé en boulangerie et pourtant judicieux. Son travail a porté sur une signalétique extérieure liée à l'événementiel sous forme de kakémonos (bandes de tissus/papier suspendues verticalement à un support et lestées dans le bas).
Eric a pensé son dessert de mousses glacées dans un contenant en chocolat en feuilletant une documentation sur Escher. Il s'en est d'ailleurs inspiré pour travailler l'illustration de sa boite.

Christophe, tout à son projet de boulangerie en Thaïlande, a réfléchi à son identité visuelle devant évoquer la France et la tradition. Ici, le graphisme d'un packaging. Sa présentation comportait aussi une boite à viennoiserie en losange pouvant se décliner pour une enseigne lumineuse de type "lanterne" reprenant le même code couleur.

Anne-Gaelle, en pâtisserie, compte développer son activité d'apicultrice par la production de gâteaux secs. Voici sa proposition d'un présentoir où l'idée de chaleur et de tradition bretonne ont été au centre de sa réflexion.

Alexis est parti sur l'identité de sa pâtisserie où ses créations seront mises en valeur par un logo "signature" et une boutique aux accents italiens dont l'aménagement a été pensé autour de la dégustation sur place accompagnée d'un petit café, d'où la trace ronde sur le visuel.
Évidemment, ils ne s'agissait pas de former des designers en une semaine mais d'amener une réflexion globale autour d'une activité ciblée. L'objectif étant de sensibiliser les participants a ces approches afin pouvoir construire une démarche cohérente dans son ensemble et dialoguer avec des professionnels qu'ils soient imprimeurs, installateurs, peintres décorateurs, etc.
du résultat plastique à la réflexion pédagogique
Cette année encore, malgré des supports d'inspiration variés dans les styles, les apprenants boulangers de la CMA (Cf. contexte dans le post précédent) sont restés très classiques dans leurs productions de décor. En proposant des illustrations "modernes" autour du thème des oiseaux, j'espérais éveiller un intérêt vers une esthétique plus "contemporaine", partant du principe que tous les "consommateurs potentiels"' de ce genre de commande à leur boulanger ne sont pas des "classiques" et qu'il se peut que cette clientèle "aisée" puisse être attirée par un autre univers.
Est-ce la notion de tradition chère à ces futurs boulangers qui les retient? Est-ce que leurs représentations "artistiques" liées à cette activité ne sont pas assez chamboulées par ma consigne ? Est-ce uniquement mon goût personnel de cliente potentielle lassée par les décors classiques qui m'influence ? Que de questions pédagogiques soulevées par des productions : anticipations des représentations initiales des apprenants, construction de l'activité, rédaction de la consigne, posture du formateur... Chaque année ré interrogées, chaque année affinées, ces questions sont mon carburant. L'année prochaine, j'organiserai ma consigne différemment!
de l'expérience du collage au concept signifiant/signifié
Les métiers de bouche sont directement concernés par ce concept à travers leurs communications, lieu de vente et leurs produits mêmes. Comprendre, dès ce stade d'apprentissage du métier, que la maîtrise du savoir-faire technique de production ne fait pas tout dans le succès d'une telle activité, passe pour moi, par cette étape.
Pour transformer cette notion complexe en expérience accessible, le jeu de la "devinette" est un outil formidable : par la pratique de la contrainte de représentation de sensations, donc éloignée d'éléments tangibles a priori, l'apprentissage du décalage entre ce que l'on veut dire et ce que les autres perçoivent, apparaît de façon flagrante et difficilement contestable par les apprenants. Ainsi la suite du module, concernant les choix "esthétiques" liés à ces métiers, est perçue comme un ensemble de solutions pour limiter les interprétations hasardeuses et non voulues de leurs futurs clients vis à vis de leurs future boutique (pour ces entrepreneurs en devenir) ou de leurs employeurs (pour les salariés qu'ils sont déjà en alternance). L'importance de guider au maximum le message implicite de son travail devient le fil rouge de la semaine et je l'espère une graine semée dans les esprits pour plus tard.
Voici quelques exemples réalisés le 3 novembre dernier :
Kevin, en boulangerie, décrit ici la badiane.
Voici la production de Vincent, aussi en boulangerie, qui représente la cannelle.
Magali, en pâtisserie, joue avec le praliné.
Puis, en forme de clin d'oeil, Hadrien en boucherie, construit du signifiant sur le thème du goût du sang, en dehors de la consigne (puisqu'il utilise du figuratif au premier degré) mais me permet ainsi d'illustrer, auprès du groupe, les notions d'interprétations possibles liées aux référents de chacun et à l'imaginaire collectif, notions abstraites et ambiguës qui prennent ici tout leur sens auprès de ce public pas toujours aussi ouvert à ce type de réflexion complexe.



